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Une autre princesse au petit pois

Textes > Contes cruels et immoraux

Plus léger que mes autres textes, il s'agit d'une sorte de pastiche du conte d'Andersen la princesse sur le pois. En lisant ce conte, je me disais mais qui voudrait d'une princesse délicate à ce point? Ca doit être une plait! Et voila donc ma version.


Cette histoire se passe il y a fort longtemps, dans un tout petit royaume. Si petit à vrai dire qu’un véritable problème se posait au vieux roi et à sa reine. Leur fils était en âge de se marier depuis déjà quelques années, mais aucune épouse potentielle ne semblait se trouver dans les alentours. Et le jeune prince ne facilitait pas les choses ! En effet, il ne voulait épouser qu’une princesse, car seule une princesse saurait être digne d’un prince ! Mais comment organiser un tel mariage, quand aucunes princesses encore célibataires et en âge de se marier ne se trouvaient dans ce pays ? Il y avait bien de jolies bergères, de charmantes paysannes, et même de mignonnes filles de bourgeois, mais aucune de semblait satisfaire le prince.

Il aurait fallu partir en voyage dans des contrées étrangères pour chercher cette perle rare, mais pour un royaume si petit, il était bien trop dangereux de partir, et le priver ainsi de protection.

La seule solution qui s’offrait à eux, était d’envoyer des courriers aux royaumes voisins, en espérant qu’ils pourraient leur envoyer une fille de roi.

À vrai dire, le vieux couple royal se serait contenté de n’importe quelle jeune fille, pourvu qu’elle soit distinguée, mais leur fils n’en démordait pas : il lui fallait une princesse, rien de moins !

Pendant longtemps, ils n’eurent aucune réponse. À croire que les missives s’étaient perdues en chemin, ou que les autres royaumes ne les aient pas prises au sérieux. Après tout, qui voudrait former une alliance avec un pays de la taille d’un mouchoir de poche ?

Ils avaient perdu tout espoir, lorsqu’un soir, alors qu’un orage effroyable faisait rage, on frappa à la porte du palais. On pourrait s’étonner que malgré le tonnerre qui grondait on ait pu entendre quoi que ce soit. Mais il faut dire que les coups répétés à la porte étaient particulièrement puissants, et révélateurs du désir de leur propriétaire de rentrer expressément.

Tout le palais fut bien surpris, et même effrayé d’un tel raffut. Qui pourrait bien sortir par ce temps ? Tout cela semblait si menaçant ! Mais les coups ne semblaient pas vouloir cesser. Le roi s’empara alors de sa fine lame, et se dirigea vers la porte pour l’ouvrir. Hé oui, comme je l’ai déjà dit, ce royaume était très petit. Si petit à vrai dire que la famille royale n’avait pas de serviteurs à demeure. Le roi devait donc s’occuper de cette tâche lui-même, le reste de la maisonnée, à savoir femme et enfant, à ses talons, trop effrayés et curieux pour rester dans leurs appartements.

Il ouvrit la porte à grand fracas, prêt à frapper si le besoin s’en faisait sentir. Mais au lieu d’un quelconque monstre, il tomba nez à nez avec une jeune fille. Qui avait pu faire tout ce bruit dans ce cas ? Elle entra sans attendre qu’on l’y invite, et se débarrassa de sa cape qui était tellement imbibée d’eau qu’elle ne remplissait plus son office, dévoilant ainsi une chevelure de feu, et une charmante jeune fille trempée jusqu’aux os. Du moins, elle aurait eu l’air charmant, si elle n’affichait pas une mine si renfrognée. Mais qui ne serait pas contrarié de s’être retrouvé pris sous un tel orage ?

Une fois tous remis de leur stupeur, ils lui demandèrent qui elle était, et ce qu’elle faisait dehors par ce temps.

― Je suis la princesse Alynissia, et je suis partie en quête d’un mari, répondit-elle.

Et ils durent se contenter de cette explication, car elle ne semblait pas décidée à s’expliquer davantage.

La reine alla donc préparer la chambre d’invité, pendant que le roi montrait la salle d’ablutions à la jeune fille, afin qu’elle puisse se réchauffer d’un bon bain. Ils ne pouvaient décemment pas la laisser repartir dans la tempête, et de nuit qui plus est !

De plus, ils espéraient bien avoir davantage d’explications le lendemain. Sans compter qu’ils avaient enfin là une épouse potentielle pour leur bon à rien de fils !

Malgré tout, quelque chose tracassait la reine. Elle avait beau s’autoproclamer princesse, elle n’en avait pas trop l’air. Certes, elle ne désirait qu’une chose, que son fils trouve enfin une épouse. Mais il était hors de question d’avoir pour belle-fille une usurpatrice.

Elle mit donc au point un stratagème. Entre deux matelas, elle installa un petit pois, tout juste écossé, et dur comme de la pierre. Ce simple petit pois, pensait la reine, serait le juge de l’appartenance ou non à la royauté de leur invitée.

Cela peut vous surprendre, et à juste titre. Mais elle avait entendu parler de cette « méthode infaillible » par une amie à elle. En effet, le petit pois ainsi dissimuler devrait indisposer une vraie princesse, et l’empêcher de dormir. Dans certains cas, lorsque la candidate est particulièrement délicate, on pouvait même voir l’apparition de bleus ! Si elle était réellement de sang royal, elle ne manquerait pas de se plaindre de la chose le lendemain !

Mais elle semblait oublier qu’une princesse devait aussi rester polie en toute circonstance, et ne pas se plaindre auprès de ses hôtes, aurait-elle passé la plus mauvaise nuit de sa vie, pour ne pas paraître ingrate.

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La reine fit donc à son idée, et on laissa finalement la princesse prendre le repos qui lui était dû.

Le lendemain matin, tout le palais était fébrile. Il leur tardait de revoir la jeune fille, et d’en savoir plus sur elle.

Quand enfin elle arriva, la reine lui demanda sans tarder si elle avait bien dormi.

― Affreusement mal ! S’indigna-t-elle.

Et la reine se réjouit intérieurement : « Le pois l’a blessée, c’est donc bien une princesse ! »

― Qui peut dormir dans un tel lit ? Poursuivit la princesse. Il était si mou que je n’ai pas pu fermer l’œil de la nuit ! Un vrai lit de femmelette !

Moment de stupeur.

― Comment pouvez-vous dire cela ?! S’emporta la reine. Aucune princesse ne dirait une telle chose !

― Si, une princesse guerrière ! Je suis la fille du chef du clan barbare du Nord. Et je n’ai pas l’intention de voyager plus longtemps juste pour trouver un époux. Votre fils fera l’affaire, même s’il m’a l’air d’une chiffe molle. Je l’emmène donc avec moi.

Pour couper court à toute protestation, elle sortit alors de son paquetage une énorme massue cloutée, la brandit, et l’abattit sans la moindre hésitation sur le crâne du prince, l’assommant pour de bon.

Le roi, revenu de sa stupeur un peu tard, s’interposa entre elle et le corps inerte de son rejeton. Mais il subit le même sort. La reine ne tarda pas à les rejoindre dans l’inconscience, ayant également subi les élans guerriers de la princesse barbare.

Lorsque le couple royal reprit connaissance, les deux jeunes gens avaient disparu, leur laissant pour tout souvenir un bon mal de crâne.

La princesse était repartie comme elle était venue, la massue sur l’épaule, traînant sa victime derrière elle. Au passage, elle avait pillé les coffres du trésor royal, car un barbare digne de ce nom ne repart jamais sans avoir pillé ne serait-ce qu’un peu, pour le principe. Il en allait de leur réputation ! Les fruits de son pillage, un peu maigres à son goût, devaient servir à constituer sa dot. Et personne, en tout cas pas le vieux couple royal, n’irait lui dire qu’en principe, c’est au père de la mariée de payer cette dote.

Et depuis, personne ne peut dire s’ils vécurent heureux, ou même s’ils eurent des enfants, car les barbares ne tiennent pas de chroniques. C’est bon pour les femmelettes, voyons !

Fin

Fiche ajoutée le 5 juin 2009.

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